Une séance folle avec Andromaque aka Vanessa, de la douceur à la tragédie, de la couleur au noir et blanc. Parce qu’en plus d’être un modèle exceptionnel, elle est aussi un auteur avec une plume fantastique. Cette séance lui a inspiré un texte époustouflant que je partage avec vous ici :

“L’art du portrait est probablement l’un des plus difficiles. En photo plus qu’ailleurs peut – être. Il s’agit de peindre la lumière autour d’un visage en mouvement, de créer un clair obscur sur un grain de peau fugitif et de capturer des moments fugaces de lâcher prise que seule une profonde confiance mutuelle et une compréhension tacite peuvent permettre.

Mais plus encore que le mouvement, c’est la captation du regard qui se révèle la moins aisée. Le miroir de l’âme est complexe, il ne réfléchit que ce que le sujet sensible est susceptible d’abandonner dans l’échange subtil qui se joue entre le chasseur et la proie.

Si le premier pose un regard respectueux bien qu’aigu sur le deuxième, il arrive soudain qu’un abandon naisse et que des émotions silencieuses se déversent dans une gestuelle et un scopisme qui échappent totalement aux sujets en présence.

C’est un apprivoisement, un cheminement lent vers un but incertain. Le regard est d’abord docile, concentré, voire timide. Si la magie opère, il ouvre la voie vers sa douceur et transperce le monde d’une nitescence caressante.

La faille apparaît, le corps suit et se détend, offre une souplesse nouvelle et des creux sensuels. La lumière se pose comme un voile incandescent qui met aussitôt en avant la puissance d’un instant suspendu.

Pour peu que la porte reste ouverte, l’émotion génésique remonte d’un entre soi viscéral et fait couler le surplus d’âme qui restait encore comprimé entre le plexus et la gorge. Les larmes qui surviennent sont celles d’une tragédie douce, les muscles se tendent sans fracas et la puissance du sensible apparaît sans même qu’on y prenne garde.

C’est une aventure sensitive dont l’issue est toujours impalpable, le but indicible, ésotérique et mystérieux.

Nous n’imaginions pas que l’oiseau abandonnerait ses plumes, que la réserve tomberait, que Vanessa s’effacerait pour laisser place à Andromaque, douce tragédienne qui verse sur le monde des larmes plus puissantes que n’importe quel cri.

Mais « la photographie est un secret sur un secret : plus elle vous en montre, moins vous en savez » écrivait la grande Diane Arbus. Lorsque les gestes et le regard se défont de toute défiance, ils s’offrent à l’altérité sans réflexion, sans heurts, sans jugement aucun. Ils défient leur appartenance à un être et font corps dans une image figée sur une suspension sensorielle.

Que cachent les sourires, que montrent les larmes, qui saurait dire ce qui se joue dans les expressions de ce visage que je ne saurais moi – même expliquer bien qu’il m’appartienne ?

Qu’importe… L’âme est lavée, la grâce est née. Et sic transit gloria mundi.”

Texte de Vanessa Hamann – Andromaque sur ces photos

Partie 1 : Naissance de la tragédie http://2grump.ink-air.fr/portfolio/andromaque-1-naissance-de-la-tragedie
Partie 2 : Les Larmes http://2grump.ink-air.fr/portfolio/andromaque-2-les-larmes

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Ben – 2GRUMP